Santé et jeûne : méthodes et précautions

Le jeûne, pratique millénaire présente dans diverses cultures et traditions religieuses, connaît un regain d’intérêt dans le domaine de la santé. Des recherches scientifiques récentes mettent en lumière ses potentiels bienfaits sur le métabolisme, la longévité et divers marqueurs de santé. Toutefois, cette pratique ne s’improvise pas. Entre les différentes méthodes existantes, les précautions à prendre et les contre-indications, il s’avère primordial de s’informer avant de se lancer. Ce guide complet vous présente les fondements du jeûne, ses effets sur l’organisme, les principales approches, ainsi que les mesures de sécurité indispensables pour transformer cette démarche en véritable allié pour votre santé.

Les fondements scientifiques du jeûne

Le jeûne représente une période volontaire d’abstention partielle ou totale de nourriture. Cette pratique, loin d’être nouvelle, trouve ses racines dans l’évolution humaine. Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs alternaient naturellement entre périodes d’abondance et de disette, contraignant l’organisme à développer des mécanismes d’adaptation. Ces mécanismes, longtemps mis de côté dans nos sociétés d’abondance alimentaire, reviennent aujourd’hui au centre des recherches sur la santé.

Au cœur des effets physiologiques du jeûne se trouve le processus d’autophagie. Ce mécanisme cellulaire, dont la découverte a valu le prix Nobel de médecine à Yoshinori Ohsumi en 2016, permet à l’organisme de dégrader et recycler ses composants cellulaires endommagés. Durant un jeûne, en l’absence d’apport nutritionnel externe, le corps active ce processus de nettoyage cellulaire, éliminant les structures défectueuses et optimisant le fonctionnement des cellules.

Le jeûne provoque par ailleurs une modification du métabolisme énergétique. Après épuisement des réserves de glycogène (environ 12-24 heures), l’organisme bascule vers un état de cétose, utilisant les graisses comme source d’énergie principale. Les corps cétoniques produits durant cette phase servent de carburant alternatif au cerveau et aux muscles, tout en exerçant des effets anti-inflammatoires bénéfiques.

Impact sur les hormones et marqueurs métaboliques

Le jeûne influence significativement l’équilibre hormonal. On observe notamment une diminution de l’insuline, hormone de stockage, favorisant la mobilisation des graisses. Parallèlement, la production de noradrénaline et d’hormone de croissance augmente, stimulant le métabolisme basal et la préservation de la masse musculaire.

Des études montrent que le jeûne peut améliorer la sensibilité à l’insuline, réduire l’inflammation chronique et normaliser divers marqueurs métaboliques comme la glycémie, le profil lipidique et la pression artérielle. Ces effets expliquent son potentiel thérapeutique dans la prévention et la gestion de maladies chroniques comme le diabète de type 2, l’obésité et certaines maladies cardiovasculaires.

Au niveau cérébral, le jeûne stimule la production du facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF), protéine favorisant la neuroplasticité et la création de nouvelles connexions neuronales. Cette stimulation pourrait contribuer à la prévention de maladies neurodégénératives et à l’amélioration des fonctions cognitives.

La recherche actuelle explore les effets du jeûne sur la longévité et le vieillissement cellulaire. Des études sur divers modèles animaux montrent qu’il pourrait influencer positivement les marqueurs épigénétiques et réduire le stress oxydatif, deux facteurs déterminants dans le processus de vieillissement. Ces découvertes ouvrent des perspectives prometteuses pour l’utilisation du jeûne comme outil de médecine préventive.

Les différentes méthodes de jeûne et leurs spécificités

Le terme « jeûne » englobe aujourd’hui une multitude de pratiques distinctes, chacune avec ses caractéristiques propres et son niveau d’intensité. Cette diversité permet à chacun de trouver l’approche correspondant le mieux à ses objectifs et capacités.

Le jeûne intermittent

Le jeûne intermittent représente l’approche la plus accessible et populaire. Il consiste à alterner périodes d’alimentation et de jeûne selon différents schémas temporels. Parmi les protocoles les plus répandus :

  • Le protocole 16/8 : 16 heures de jeûne quotidien (souvent de 20h à 12h le lendemain) et une fenêtre alimentaire de 8 heures
  • Le 5:2 : alimentation normale 5 jours par semaine, restriction calorique sévère (500-600 calories) les 2 autres jours
  • Le one meal a day (OMAD) : concentration de tous les apports nutritionnels en un unique repas quotidien

Cette méthode offre l’avantage d’être facilement intégrable au quotidien sans bouleversement majeur des habitudes sociales. Elle constitue généralement une première étape pour les personnes souhaitant explorer les bienfaits du jeûne sans contrainte excessive.

Le jeûne prolongé

Le jeûne prolongé implique une abstention complète de nourriture solide pendant plusieurs jours consécutifs, généralement entre 3 et 10 jours. Durant cette période, seule l’eau reste autorisée, parfois accompagnée de tisanes non sucrées. Cette approche, plus exigeante, maximise les processus d’autophagie et de cétose, amplifiant potentiellement leurs effets bénéfiques.

Cette forme de jeûne nécessite une préparation adéquate, incluant une phase de descente alimentaire progressive avant le jeûne et une reprise alimentaire très prudente après. Ces transitions s’avèrent capitales pour éviter des déséquilibres métaboliques potentiellement dangereux.

Le jeûne prolongé s’effectue idéalement sous supervision médicale ou dans un cadre spécialisé comme une clinique de jeûne, particulièrement pour les personnes novices ou présentant des facteurs de risque.

Le jeûne hydrique et le jeûne sec

Le jeûne hydrique autorise uniquement la consommation d’eau, tandis que le jeûne sec exclut tout apport, y compris liquide. Cette dernière forme, particulièrement intense, ne doit jamais dépasser 24-48 heures et reste fortement déconseillée sans encadrement médical strict en raison des risques de déshydratation.

Les jeûnes modifiés

Diverses variantes atténuées du jeûne existent, permettant certains apports nutritionnels contrôlés :

La diète protéinée maintient un apport minimal en protéines (environ 0,8g/kg de poids) pour préserver la masse musculaire tout en réduisant drastiquement les glucides et lipides.

Le jeûne partiel ou monodiète consiste à ne consommer qu’un seul type d’aliment pendant plusieurs jours (pommes, raisins, riz…).

La diète cétogène, bien que n’étant pas un jeûne à proprement parler, reproduit certains de ses effets métaboliques en réduisant drastiquement les glucides (moins de 50g/jour) au profit des lipides, induisant un état de cétose similaire.

Le choix parmi ces méthodes dépend de multiples facteurs : objectifs personnels, état de santé, expérience préalable avec le jeûne, contraintes professionnelles et sociales. Une progression graduelle, débutant par des formes douces comme le jeûne intermittent 12/12 avant d’explorer des approches plus intensives, constitue généralement la stratégie la plus judicieuse et sécuritaire.

Préparation et mise en œuvre d’un jeûne réussi

Un jeûne bénéfique et sécuritaire ne s’improvise pas. Sa réussite repose sur une préparation minutieuse, tant physique que mentale, et sur le respect de principes fondamentaux pendant et après la période d’abstinence.

La phase préparatoire

La préparation au jeûne commence idéalement plusieurs jours, voire semaines avant le début de la pratique. Cette phase transitoire vise à faciliter l’adaptation du corps et à minimiser les effets indésirables potentiels.

Sur le plan alimentaire, il convient d’opérer une descente alimentaire progressive. Celle-ci débute par l’élimination des aliments ultra-transformés, du sucre raffiné, de l’alcool et de la caféine. Puis, les jours précédant immédiatement le jeûne, la diminution des portions et la simplification des repas (privilégiant fruits, légumes et bouillons) préparent l’organisme à la transition métabolique.

Parallèlement, l’hydratation doit être augmentée progressivement pour habituer l’organisme à fonctionner avec davantage de liquide, compensant ainsi l’absence prochaine d’eau issue des aliments.

La préparation mentale s’avère tout aussi déterminante. Se documenter sur les processus physiologiques du jeûne, clarifier ses motivations personnelles et se fixer des objectifs réalistes contribue à renforcer la détermination face aux difficultés potentielles.

Pour les jeûnes prolongés, il est recommandé de planifier cette période durant un moment de calme relatif, idéalement pendant des congés ou une période de moindre stress professionnel. L’organisation pratique (courses préalables, préparation des bouillons, aménagement d’un environnement favorable) facilite considérablement l’expérience.

Pendant le jeûne

Durant la période de jeûne proprement dite, plusieurs principes fondamentaux doivent être respectés :

L’hydratation demeure primordiale. Une consommation minimale de 2 litres d’eau quotidiens est recommandée, pouvant être complétée par des tisanes non sucrées. Cette hydratation soutient l’élimination des toxines et compense les pertes hydriques.

La modération de l’activité physique s’impose, particulièrement lors des jeûnes prolongés. Les exercices doux comme la marche, le yoga ou les étirements restent bénéfiques, mais les efforts intenses doivent être évités pour préserver l’énergie et la masse musculaire.

Une attention particulière aux signaux corporels s’avère fondamentale. Distinguer les désagréments normaux du jeûne (légère fatigue, sensation de faim intermittente) des symptômes préoccupants (vertiges intenses, palpitations, faiblesse extrême) permet d’ajuster la pratique ou d’y mettre fin si nécessaire.

Le repos et la relaxation favorisent l’efficacité des processus de régénération cellulaire. Des techniques de méditation, de respiration profonde ou de visualisation positive peuvent accompagner utilement cette période.

  • Tenir un journal de jeûne documentant sensations physiques, émotions et observations diverses
  • Maintenir des interactions sociales positives avec des personnes comprenant et soutenant la démarche
  • Éviter les stimuli alimentaires inutiles (émissions culinaires, préparation de repas pour d’autres)

La reprise alimentaire

La phase de réalimentation constitue un aspect critique souvent sous-estimé. Plus le jeûne a été long, plus cette reprise doit être progressive et méticuleuse. Une réintroduction trop brutale des aliments peut provoquer des troubles digestifs sévères, voire un syndrome de renutrition inappropriée potentiellement dangereux.

Pour un jeûne de 24-36 heures, une reprise avec un repas léger et facilement digestible suffit généralement. En revanche, après un jeûne prolongé de plusieurs jours, la réalimentation s’étale sur une durée au moins égale à la moitié de celle du jeûne.

Cette reprise débute typiquement par des jus de fruits dilués ou des bouillons de légumes, puis progresse vers des fruits frais, légumes cuits, légumineuses et enfin protéines et graisses. Chaque nouvel aliment est introduit progressivement, en petites quantités, permettant au système digestif de réactiver ses fonctions graduellement.

La période post-jeûne représente un moment privilégié pour instaurer de nouvelles habitudes alimentaires vertueuses, l’organisme étant particulièrement réceptif aux changements. De nombreux jeûneurs témoignent d’une modification durable de leurs préférences gustatives, avec une attraction naturelle vers des aliments moins transformés et plus nutritifs.

Précautions et contre-indications : quand le jeûne devient risqué

Si le jeûne présente des bénéfices potentiels pour de nombreuses personnes, il comporte néanmoins des risques significatifs dans certaines situations ou pour certains profils. Reconnaître ces contre-indications et adopter les précautions nécessaires s’avère fondamental pour une pratique sécuritaire.

Populations à risque

Plusieurs catégories de personnes devraient éviter le jeûne ou ne l’entreprendre qu’avec un encadrement médical spécialisé :

Les femmes enceintes ou allaitantes ont des besoins nutritionnels accrus pour soutenir le développement du fœtus ou la production de lait maternel. Le jeûne pourrait compromettre ces processus physiologiques et nuire tant à la mère qu’à l’enfant.

Les enfants et adolescents en pleine croissance nécessitent un apport régulier et complet en nutriments. Leur imposer des périodes de restriction alimentaire prolongées risque d’entraver leur développement physique et cognitif.

Les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, hyperphagie) peuvent voir leur pathologie exacerbée par la pratique du jeûne, celui-ci renforçant potentiellement les mécanismes de restriction et les distorsions dans la relation à l’alimentation.

Les personnes âgées ou dénutries présentent souvent une fragilité musculaire et une réserve fonctionnelle limitée. Le jeûne peut accélérer la fonte musculaire (sarcopénie) et dégrader leur autonomie.

Les individus atteints de certaines pathologies chroniques comme le diabète de type 1, l’insuffisance rénale avancée, l’insuffisance hépatique ou cardiaque sévère risquent une décompensation de leur maladie durant un jeûne.

Médicaments et jeûne

L’interaction entre médicaments et jeûne constitue un enjeu majeur souvent négligé. Plusieurs mécanismes peuvent entrer en jeu :

Certains traitements nécessitent une prise avec de la nourriture pour optimiser leur absorption ou minimiser leurs effets indésirables digestifs. C’est notamment le cas de nombreux anti-inflammatoires non stéroïdiens, antibiotiques ou corticoïdes.

D’autres médicaments, comme les antidiabétiques (particulièrement les sulfamides hypoglycémiants et l’insuline) ou certains antihypertenseurs, peuvent provoquer des effets indésirables graves (hypoglycémie, hypotension) lorsqu’ils sont maintenus à dose habituelle pendant un jeûne.

La pharmacocinétique (absorption, distribution, métabolisme et élimination) de nombreux médicaments peut être modifiée par l’état de jeûne, altérant leur efficacité ou augmentant leur toxicité potentielle.

Toute personne sous traitement médicamenteux chronique doit consulter son médecin avant d’entreprendre un jeûne, même intermittent. Une adaptation des posologies ou des horaires d’administration peut s’avérer nécessaire.

Signaux d’alerte

Durant un jeûne, certains symptômes doivent alerter et conduire à interrompre immédiatement la pratique :

  • Vertiges intenses ou évanouissements
  • Troubles de la vision ou de la conscience
  • Palpitations cardiaques ou douleurs thoraciques
  • Faiblesse extrême entravant les activités quotidiennes basiques
  • Nausées persistantes ou vomissements
  • Maux de tête violents et résistants aux mesures simples (hydratation, repos)

Ces manifestations peuvent signaler des complications comme une hypoglycémie sévère, des déséquilibres électrolytiques (notamment potassium, sodium, magnésium) ou une déshydratation marquée.

Pour minimiser ces risques, plusieurs précautions s’imposent : commencer par des formes modérées de jeûne avant de progresser vers des périodes plus longues, maintenir une hydratation optimale, supplémenter éventuellement en électrolytes (particulièrement pour les jeûnes dépassant 48 heures), et ne jamais pratiquer de jeûne prolongé sans avoir effectué un bilan médical préalable comprenant au minimum un examen clinique et des analyses sanguines de base.

La pratique du jeûne en groupe ou sous supervision dans des structures spécialisées offre un cadre sécuritaire, particulièrement pour les novices ou les personnes présentant des facteurs de risque modérés. Ces environnements permettent une détection précoce des complications et une intervention rapide si nécessaire.

Intégrer le jeûne dans une démarche de santé globale

Le jeûne ne représente pas une panacée isolée mais s’inscrit idéalement dans une approche holistique de la santé. Son efficacité et ses bénéfices se trouvent considérablement amplifiés lorsqu’il s’intègre harmonieusement à d’autres pratiques vertueuses.

Jeûne et alimentation quotidienne

L’expérience du jeûne modifie souvent profondément la relation à l’alimentation. Cette période de pause digestive aiguise la conscience des sensations alimentaires véritables et affine la perception des besoins réels du corps.

Pour maximiser les bénéfices du jeûne intermittent ou prolongé, l’attention portée à la qualité nutritionnelle des aliments consommés pendant les phases d’alimentation s’avère déterminante. Privilégier une alimentation riche en aliments non transformés, fruits, légumes, protéines de qualité et graisses saines potentialise les effets métaboliques positifs.

Le concept de densité nutritionnelle prend ici tout son sens : favoriser les aliments apportant un maximum de micronutriments (vitamines, minéraux, phytonutriments) pour un apport calorique donné. Cette approche permet d’optimiser la nutrition cellulaire tout en maintenant un poids de forme.

Par ailleurs, développer la pleine conscience alimentaire représente un prolongement naturel de l’expérience du jeûne. Manger lentement, sans distraction, en prêtant attention aux saveurs, textures et à la satiété progressive transforme chaque repas en moment de connexion avec son corps.

Synergie avec l’activité physique

L’association judicieuse du jeûne et de l’exercice physique peut amplifier certains bénéfices métaboliques. Toutefois, cette combinaison requiert une approche nuancée et personnalisée.

L’exercice d’endurance de faible à moyenne intensité (marche rapide, natation légère, vélo modéré) pratiqué en état de jeûne favorise l’utilisation des graisses comme substrat énergétique et peut accentuer la sensibilité à l’insuline. Cette stratégie, parfois appelée « entraînement à jeun« , montre des résultats prometteurs dans la gestion du poids et l’amélioration des marqueurs métaboliques.

En revanche, les activités de haute intensité ou de force nécessitent généralement un apport glucidique préalable pour une performance optimale et la préservation de la masse musculaire. Programmer ces entraînements pendant les périodes d’alimentation dans un protocole de jeûne intermittent représente généralement la stratégie la plus équilibrée.

L’adaptation individuelle reste primordiale : certaines personnes tolèrent parfaitement l’exercice à jeun quand d’autres expérimentent fatigue excessive, baisse de performance ou récupération compromise.

Gestion du stress et sommeil

Le jeûne induit une forme de stress physiologique (hormèse) potentiellement bénéfique. Toutefois, combiné à un stress psychologique chronique, il peut devenir contre-productif, voire nocif.

Intégrer des pratiques de gestion du stress comme la méditation, la respiration profonde, le yoga ou la cohérence cardiaque amplifie les bénéfices du jeûne tout en atténuant ses potentiels effets indésirables. Ces techniques réduisent notamment la sécrétion de cortisol, hormone du stress pouvant contrecarrer certains effets métaboliques positifs du jeûne.

Le sommeil constitue un autre pilier fondamental d’une démarche de santé incluant le jeûne. Une privation chronique de sommeil perturbe la régulation hormonale (notamment ghréline et leptine), compromettant la gestion de l’appétit et la stabilité glycémique. Des recherches suggèrent que le jeûne intermittent peut améliorer la qualité du sommeil, créant une boucle vertueuse lorsque ces deux aspects sont optimisés simultanément.

Perspectives d’intégration durable

Au-delà de l’approche ponctuelle ou de la « cure », l’enjeu véritable consiste à intégrer durablement des principes de jeûne adaptés à son mode de vie. Cette pérennisation requiert flexibilité et personnalisation.

Alterner différentes formes de jeûne selon les périodes de vie représente une stratégie judicieuse : jeûne intermittent quotidien en période professionnelle intense, jeûnes plus longs lors des vacances, adaptations lors d’événements sociaux ou familiaux.

Cette intégration s’accompagne idéalement d’une démarche d’auto-observation attentive, identifiant les schémas qui fonctionnent optimalement pour son propre corps et mode de vie. Tenir un journal documentant énergie, humeur, qualité du sommeil et autres paramètres de bien-être facilite cette personnalisation progressive.

Le jeûne s’inscrit ainsi comme une pratique d’auto-régulation et d’écoute corporelle, plutôt que comme une discipline rigide. Cette souplesse d’approche garantit sa pérennité et maximise ses bénéfices à long terme dans une démarche globale de santé proactive.

Le futur du jeûne : entre tradition et innovation

Le jeûne occupe une position singulière à l’intersection entre pratiques ancestrales et recherche scientifique de pointe. Cette dualité ouvre des perspectives fascinantes pour l’avenir de cette pratique dans le domaine de la santé.

Avancées de la recherche scientifique

La recherche sur le jeûne connaît actuellement une effervescence sans précédent. Les études se multiplient, explorant ses mécanismes d’action et applications potentielles avec une rigueur méthodologique croissante.

Parmi les domaines particulièrement prometteurs figure l’oncologie. Des travaux préliminaires suggèrent que le jeûne pourrait sensibiliser les cellules cancéreuses aux traitements chimiothérapeutiques tout en protégeant les cellules saines de leurs effets toxiques. Cette chimioprotection différentielle représente un paradigme novateur, actuellement évalué dans plusieurs essais cliniques.

Les maladies neurodégénératives constituent un autre axe de recherche majeur. L’effet neuroprotecteur des corps cétoniques et la stimulation de facteurs neurotrophiques pendant le jeûne ouvrent des perspectives intéressantes pour des pathologies comme Alzheimer ou Parkinson, pour lesquelles les options thérapeutiques restent limitées.

L’étude des mimétiques du jeûne représente une voie d’innovation particulièrement active. Ces composés ou protocoles nutritionnels visent à reproduire les bénéfices métaboliques du jeûne sans abstention complète de nourriture. La restriction protéique ciblée, certains polyphénols comme le resvératrol, ou la metformine font partie des pistes explorées.

La génétique et l’épigénétique du jeûne constituent un champ d’investigation émergent. Les chercheurs s’intéressent aux variations de réponse individuelle au jeûne selon le profil génétique et aux modifications épigénétiques induites par cette pratique, potentiellement transmissibles aux générations futures.

Personnalisation et médecine de précision

L’avenir du jeûne thérapeutique s’inscrit résolument dans le paradigme de la médecine personnalisée. La réponse au jeûne varie considérablement selon les individus, influencée par de multiples facteurs : génétique, microbiote intestinal, composition corporelle, métabolisme basal, etc.

Les technologies d’analyse biologique avancées permettent désormais de caractériser finement ces paramètres individuels. Biomarqueurs sanguins, analyse du microbiome, profils métaboliques et tests génétiques fourniront probablement les bases d’une prescription personnalisée du jeûne dans un avenir proche.

Cette approche permettra d’identifier précisément qui bénéficiera le plus de quel type de jeûne, à quelle fréquence et dans quel contexte. La durée optimale, le degré de restriction et les complémentations éventuelles pourront être ajustés selon le profil individuel et les objectifs thérapeutiques spécifiques.

Des applications mobiles et objets connectés de plus en plus sophistiqués facilitent déjà le suivi personnalisé du jeûne. Mesure continue de la glycémie, analyse des corps cétoniques, variabilité de la fréquence cardiaque et autres paramètres physiologiques permettent d’optimiser la pratique en temps réel et d’en documenter les effets avec précision.

Intégration dans les systèmes de santé

La reconnaissance progressive des bénéfices du jeûne par la communauté médicale laisse entrevoir une intégration croissante dans les parcours de soins conventionnels. Cette évolution s’accompagne de défis significatifs.

La formation des professionnels de santé aux principes et applications du jeûne thérapeutique constitue un enjeu majeur. Actuellement, peu de cursus médicaux abordent substantiellement ce sujet, créant un décalage entre l’intérêt du public et l’expertise disponible dans le système de soins.

La standardisation des protocoles et l’élaboration de recommandations officielles par les autorités de santé représentent une étape nécessaire pour sécuriser la pratique et faciliter sa prescription. Ces référentiels devront intégrer les spécificités des différentes populations et pathologies.

La question du remboursement des approches thérapeutiques basées sur le jeûne se posera inévitablement avec l’accumulation des preuves d’efficacité. Des analyses médico-économiques évaluant le rapport coût-bénéfice de ces approches, notamment dans la prévention des maladies chroniques, orienteront les politiques de prise en charge.

Parallèlement, on observe l’émergence d’un écosystème économique autour du jeûne : cliniques spécialisées, programmes d’accompagnement, compléments alimentaires dédiés, etc. Cette industrialisation présente à la fois des opportunités d’accessibilité accrue et des risques de dérive commerciale qu’il conviendra d’encadrer.

Défis éthiques et sociétaux

L’engouement croissant pour le jeûne soulève des questions éthiques et sociétales qui méritent attention.

La médiatisation parfois excessive des bénéfices du jeûne, sans mention adéquate de ses limites et contre-indications, peut conduire à des pratiques inappropriées. L’équilibre entre promotion de l’autonomie en santé et protection des personnes vulnérables reste délicat à trouver.

La dimension psychologique et sociale de l’alimentation doit être préservée dans l’approche du jeûne thérapeutique. Les repas constituent des moments d’échange et de convivialité fondamentaux dans toutes les cultures. L’intégration du jeûne doit respecter ces dimensions essentielles du bien-être global.

Dans un contexte mondial où malnutrition et insécurité alimentaire touchent des populations entières, la promotion du jeûne volontaire dans les pays développés peut sembler paradoxale. Cette tension éthique appelle une réflexion nuancée sur les messages véhiculés et leur contextualisation.

L’avenir du jeûne s’annonce ainsi à la fois prometteur et complexe, naviguant entre validation scientifique rigoureuse, personnalisation croissante, intégration médicale progressive et questionnements éthiques légitimes. Cette pratique millénaire, revisitée par la science moderne, pourrait constituer un pilier significatif de la médecine préventive et intégrative du XXIe siècle.